WILDBAD
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| Wildbad est dominée par le Sommerberg au sommet duquel se dresse un grand hôtel. On y accède grâce à un train à crémaillère. |
Wildbad (aujourd'hui Bad Wildbad, en référence à son statut de ville d'eau) est une petite cité de la Forêt-Noire située à quelques dizaines de kilomètres à l'est de Baden Baden. Encaissée dans la vallée de l'Enz, elle s'est étendue le long de celle-ci autour de son édifice le plus remarquable, le Palais thermal, construit en 1847 sous le nom de Graf-Eberhard-Bad. Le recensement de 1939 n'attribuait à Wildbad que 8 000 habitants, mille de plus en 1950. Dominée par le Sommerberg, dont le sommet la surplombe de 300 mètres, la ville était richement pourvue en établissements thermaux, cliniques, hôtels et chambres d'hôtes. Elle l'est toujours.
Une partie de l'action de Gestapo Berger s'y déroule. J'avais d'ailleurs envisagé d'appeler le roman « Wildbad ». Ceux qui parlent anglais auraient pu être accrochés par cette association de Wild (sauvage) et Bad (mauvais). Pour un roman noir, ce n'était pas mal.
Wildbad est devenue à compter de l'été 1945 le siège du poste directeur du contre-espionnage (CE) français en Allemagne. Celui-ci était connu sous le nom de Bureau de documentation, en abrégé Bdoc, 9 000.
Il faut à ce stade rappeler qu'en novembre 1944, le contre-espionnage, dont le colonel Paul Paillole avait unifié les différentes activités – CE préventif, répressif et offensif – sous son égide et au sein de la Direction générale des études et recherches (DGER) a été saucissonné. Une tranche avec la Sécurité militaire, rattachée au ministère de la Guerre, une autre avec la Direction de la surveillance du territoire (DST), relevant de la Sûreté nationale et donc du ministère de l'Intérieur, la dernière (le contre-espionnage offensif, en charge de la pénétration des services adverses et des opérations d'intoxication de l'ennemi), restée à la DGER, qui deviendra le SDECE. Elle était donc rattachée à la présidence du conseil et commandée par le colonel Chrétien, nommé à la tête d'une Direction des bureaux de documentation couvrant l'ensemble du territoire français libéré puis étendu aux zones d'occupation en Allemagne et en Autriche.
Le Bdoc 9000 était dirigé par un colonel de réserve, Paul Gérar-Dubot, journaliste de profession mais collaborateur ancien des services français, chef à Paris pendant l'Occupation d'un Bureau de sécurité militaire (BSM) 407, chargé de rassembler de la documentation sur les Allemands et les collabos.
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| Paul Gérar-Dubot |
Après la Libération, « GD », comme l'appelle ses subordonnés, a pris la tête d'une « Section française en Allemagne » travaillant d'abord à Paris, dans un appartement de la rue de Longchamp, puis en Allemagne où elle est devenue le Bdoc 9000. Elle sera connue par la suite, sans doute pas avant 1947, – en témoignent les correspondances entre Wildbad et Paris - sous le terme « DALO », acronyme ou initiales dont on ignore la signification.
Gérar-Dubot avait pour adjoint le capitaine Maurice Dumont, un saint-cyrien né en 1911 à Épinal (Vosges), passé clandestinement en France en 1944. En 1949, Dumont pendra la tête du contre-espionnage du SDECE. Promu colonel, il sera ensuite le directeur de la recherche. Un lieutenant, Dominique Loisel, faisait partie du personnel. Il publiera un livre intitulé J'étais le commandant X (Fayard, 1970) pour raconter une partie de ses activités en Allemagne. Des policiers servant dans de la Sûreté aux armées complétaient le personnel dont un commissaire, Louis Bibes, et un nombre inconnu d'inspecteurs. On signale également la présence d'un officier de liaison américain, le lieutenant Whiteway.
L’organisation du Bdoc 9 000 reste largement mystérieuse. On ne dispose que de peu d'informations sur celle-ci, à rechercher dans quelques rares témoignages, notamment celui de Jean Armandi intitulé « Si la guerre est longue, je serai officier... » et consultable en ligne.
Armandi y écrit : « Le B. DOC est une antenne du Contre Espionnage en liaison avec le War Room (Anglais), je passe des tests au Service Chiffre où on s'aperçoit que je connais tous les systèmes utilisés et que j'ai de bonnes notions de cryptographie. J'ai, en 1937, suivi un stage, il me sert. Je serai donc le Chef des Services Radio et Chiffre. Reine va apprendre le chiffre. Elle nous a vu travailler à Lyon, elle est bonne en math, elle aime les mots croisés, elle veut venir. En six semaines elle a tout avalé, transposition, substitution, codes, dictionnaires à 4 ou 5 chiffres. Tout. Elle viendra à Wildbad. Le 2 août je fais connaissance avec mon équipe : 3 radios issus de la clandestinité, assimilés sous-lieutenant. 4 chiffreurs : un sous-lieutenant d'active, une fille sergent PFAT venant d'Alger, un sergent F.F.I. et Reine. Il y a déjà au B. DOC une chiffreuse d'une trentaine d'années (ou plus), elle ne s'est jamais intégrée à nous. Le 4 août fin d'après-midi départ. C'est une date pour moi : 4 août 1940 évasion de Pithiviers, 4 août 1943 arrestation à Limoges. À la gare de l'Est une foule énorme attend le train pour Strasbourg. Il va falloir se battre, avec 2 radios jeunes et sportifs, je vais attendre le train à contre voie, 50 mètres avant les quais pour y monter. Mes deux gars resteront de garde devant la porte de 2 compartiments, tandis que j'écrirai à la craie rouge prévue : "Réservé Services Spéciaux". Nous ne serons que 4 au lieu de 8 par compartiment, nous pourrons dormir. À Wildbad la vie, les roulements sont vite organisés. Les radios très qualifiés font un travail impeccable. Au chiffre, il y a souvent des difficultés. Parfois ce sont les orages qui nous valent des messages tronqués à 20 ou 30 %, il y a des nuits de recherche que je partage avec l'opérateur de service, parfois les messages du War Room contiennent des mots en anglais ou en allemand et même des abréviations allemandes. On s'y habitue. Mais il y a les messages des antennes disséminées en Allemagne et les pays de l'Est, (sauf URSS). Ce sont souvent des casse-tête. Nous sommes logés dans un hôtel de luxe. Reine et moi avons une chambre de 30 m2 avec salle de bains. Nourriture excellente, personnel impeccable, orchestre tous les soirs. Le service de santé de la Première Armée est aussi dans cette ville d'eau, réception de part et d'autre, bal deux fois par semaine. J'apprends à danser... Seule ombre, notre chef le Colonel Gérard Dubot, tête von Stroheim, monocle, pense avoir droit de cuissage. Reine et Christiane, notre PFAT chiffreuse, l'envoient très vite voir ailleurs. Notre chiffreuse antérieurement en place ira souvent à sa table. »

Sur la gauche, le grand hôtel dans lequel était logé le personnel du Bdoc 9000.
Le bâtiment des thermes est derrière le kiosque à musique.
L'une des activités du poste de Wildbad était l'interrogatoire de prisonniers allemands pouvant présenter un intérêt en matière de contre-espionnage. Ceux-ci étaient logés dans une villa, la maison Carola, dont nous reparlerons. S'y succèderont au fil des années d'anciens cadres des polices et des services de renseignement (SR) allemands comme les SS Roland Nosek, Herbert Hagen, Kurt Lischka, Eugen Steimle ou le lieutenant-colonel de l'Abwehr (services spéciaux de l'armée) Hans Freund.
Dans
le même temps, on dirigeait sur Wildbad pour y êtres exploitées
les archives saisies en Allemagne. Certaines
étaient ensuite acheminées en France, comme les dossiers
individuels de la Gestapo de Trèves ou ceux des tribunaux militaires
allemands ayant siégé dans notre pays, 150 kg de papiers remis à
nos services en février 1946 après leur découverte à la prison de
Wittlich le 10 mars 1945 par les GI's de la 3e armée.
Hans Freud, un des hôtes du centre de Wildbad.
D'autres documents restaient à Wildbad pour y être intégrés dans les dossiers constitués par le service. L’ensemble de cette production a ensuite été versée au SDECE, sans doute à la fin des années 1940 puis au Service historique de la Défense, au moins pour partie, où elle consultable aujourd'hui.


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