Les obsèques de Jacques Doriot

Lorsque tous trahiront, extraits du chapitre 8

Collection Carlo Panzarasa

« Entourant la dépouille de leur chef, Sabiani et les autres dirigeants du PPF se tiennent sur le perron de l’hôtel de ville. Sur le trottoir, on a installé un pupitre drapé de noir derrière un micro au long pied métallique. Marcel Marchal, en uniforme du Parti, Fernand de Brinon, l’ancien représentant du gouvernement de Vichy à Paris, et l’ambassadeur allemand Reinebeck s’y succèdent pour rendre hommage au défunt. »

Archives nationales

« Marcel Déat est debout, à quelques pas du pupitre, tête baissée, visiblement ému. En face, les membres de la famille du Chef sont assis sur des chaises disposées sur la chaussée. Autour d’eux, une foule compacte, où la silhouette d’un asiatique détonne. À deux pas du diplomate japonais, des têtes connues : Darnand, Rebatet, l’auteur des Décombres, Céline, sans son chat, et le tout petit et fluet Abel Bonnard, que l’on surnomme « Gestapette », en référence à sa germanophilie et à ses mœurs, supposément contre-nature. Ils sont tous là, à l’exception de Pierre Laval et du maréchal Pétain, qui vivent reclus dans leurs appartements du château de Sigmaringen. »

Collection Carlo Panzarasa

« Les habitants de Mengen sont venus en nombre. Ils assistent à la levée du corps, que six militants vêtus de la chemise bleu marine du Parti portent jusqu’à un antique corbillard tiré par deux chevaux noirs. »

Archives nationales

« Des gens observent le spectacle depuis les fenêtres d’un immeuble à la façade décrépie. Quelques hommes prennent des photos et le cortège se met en branle le long de Hauptstrasse. Soupault, blanc comme un linge, est au premier rang. Les sabots des chevaux résonnent sur les pavés. Je suis le mouvement. »

Archives nationales

« Les trottoirs sont jalonnés de curieux, des femmes, surtout, habillées en noir. Quelques enfants ont grimpé en haut d’une palissade, entre deux immeubles. »

Collection Carlo Panzarasa

« Nous passons devant l’hôtel Baier, puis nous franchissons le Danube qui, au moins à cet endroit, n’est ni beau ni bleu. Ensuite, nous longeons le terrain d’aviation pour rejoindre le cimetière, situé à quelques kilomètres du centre-ville.
Une haie formée par des adolescents des Jeunesses hitlériennes a poussé à l’entrée. On forme un grand cercle et un prêtre, aumônier de la Milice, prononce l’absoute devant le cercueil recouvert du drapeau français, d’un étendard du PPF, de la vareuse et de la casquette de l’ex-Oberleutnant Doriot.
Le métallo entré à l’usine à 15 ans, engagé en politique à peine sorti de l’enfance, député à 26 ans, reposera à jamais chez les Boches. »

(...)

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