Sur le blog de Karen Lajon
« Gestapo Berger » de Pierre Olivier : le Noir et l’Histoire
Friedrich Berger, le chef de la Gestapo de la rue de la Pompe à Paris, pendant l’Occupation. Le gars a laissé de sinistres traces. Mais pour l’heure, il est en cavale et la police française est à ses trousses. Gestapo Berger de Pierre Olivier lève le voile sur une période délicate : celle de l’après-guerre, et comment les vainqueurs ont priorisé la chasse aux nazis selon des critères bien à eux.
Alors, qui de mieux qu’un lascar du même profil pour retrouver le présumé responsable du massacre de la cascade du Bois de Boulogne où trente-cinq jeunes résistants furent assassinés. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les grandes puissances ont des tas de préoccupations. Faire en sorte d’assurer la paix en mettant les nazis hors d’état de nuire est l’une d’entre elles. La seconde, moins connue parce que peu avouable, est en réalité de faire main basse sur ceux qui ont une sorte de valeur marchande : les scientifiques, les politiques, bref, tous ceux qui apportent un Plus aux Alliés vainqueurs, et qui peuvent surtout damner le pion au géant émergeant, Joseph Staline. La Guerre froide est enclenchée, pas question pour l’Ouest et surtout pour les Américains de laisser se propager « ce fléau rose/rouge ». Pour cela, les balances sont les bienvenues.
Le narrateur en est une. Et une belle dans le genre, un ancien sous-lieutenant de la Légion des volontaires français, la VLF. Arrêté à la fin de la guerre, il est pris en charge par le capitaine Dumont, un “type des services”. Qui s’interroge : « Alors, vous ne nous êtes d’aucune utilité ». La trahison, un concept un peu flou pour ce narrateur qui se justifie ainsi : « Je ne suis pas un traître, un indic, un mouchard ou une donneuse ». Pourtant, il lui en reste un de ces patronymes, « qu’il peut lâcher sans se renier vraiment, sans trop s’éloigner de sa ligne de conduite ». Tiens donc, laquelle ? Celle d’avoir cru au régime nazi ? En tout cas, pour les autorités françaises, il doit répondre aux faits d’intelligence avec l’ennemi et il risque la mort. Le capitaine Dumont lui offre un sursis.
Alors, il aide, trie. Un premier nom, Roland Nosek, officier de liaison auprès du PPF en Allemagne, le Hauptsturmführer. Les Américains sont après lui. « Pas question qu’ils nous le piquent », lâche, Dumont. Le narrateur n’a guère le choix. Puis Dumont lui parle de Friedrich Berger. Dumont a un outil de persuasion, calibre de force nucléaire. Stytch : janvier 1943. Opérations anti partisans, en Biélorussie. Le bataillon du narrateur. Deux villages rares de la carte, aucun survivant. « Je n’y étais pas. On sécurisait la ville à l’extérieur ».
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