La fiancée du tortionnaire

Denise et Friedrich à Paris, sans doute en 1944.

Denise Delfau est l'un des personnages secondaires de Gestapo Berger. Elle n'apparaît jamais directement, dans aucune scène, mais il est question d'elle à plusieurs reprises, le plan initial des services secrets français pour capturer Friedrich Berger reposant sur elle.

Delfau est un personnage réel. Elle est née à Clichy, près de Paris, le 28 août 1917. L'enquête de police menée à son sujet à la Libération la décrit comme une jeune femme célibataire, vivant chez sa mère, n'ayant jamais réellement travaillé et dont la conduite était jugée « déplorable » déjà avant la guerre. Les choses ne s'arrangent pas sous l'Occupation. Denise Delfau reçoit chez elle de nombreux soldats allemands. Les voisins s'en émeuvent et le lui font savoir, mais Denise, qui aime la vie large, n'en a cure.

Par la suite, elle devient la maîtresse de Friedrich Berger, emménage avec lui dans un appartement du 17e arrondissement puis au 1er étage du 180 rue de La Pompe, dont le rez-de-chaussée accueille les « bureaux » de la « Gestapo » dirigée par Berger et la cave les cellules de détention. Delfau n'ignore rien des activités de son compagnon. Elle assure la comptabilité de la bande, paye le personnel et participe aux « interrogatoires », les séances de torture, des personnes arrêtées, notant en sténo les aveux puis les tapant à la machine. L'extrême brutalité des méthodes employées ne semble pas l'émouvoir. Certains détenus diront qu'elle leur avait écrasé ses cigarettes sur le corps. Sa sœur Hélène vit également rue de La Pompe. Elle y a un rôle plus discret que Denise et couche à l'occasion elle aussi avec Friedrich Berger. 

Suivant son amant en Allemagne puis en Italie, Denise y est arrêtée. Elle est emprisonnée un temps à la prison San Vittore de Milan. En 1952, elle est la seule femme à comparaître sur le banc des accusés à l'occasion du procès de certains des membres de la Gestapo de la rue de la Pompe, suscitant l'intérêt des reporters étrangers qui couvrent les audiences, notamment celui du magazine américain Time.

Perchée sur le rebord de sa baignoire, Denise Delfau, rousse, balançait ses jolies jambes et griffonnait tranquillement dans un carnet. Tout était paisible, si ce n'est les éclaboussures d'eau qui arrosaient parfois ses vêtements lorsque la créature nue et gémissante, dans la baignoire, se débattait de douleur. Cela permettait aussi à Denise de rester près de son amant, un Allemand rustre nommé Friedrich Berger. Pour Friedrich, Denise était chargée de consigner les confessions des résistants français tombés entre les griffes de la Gestapo de la rue de la Pompe. Jour après jour, en 1944, Denise prenait place dans la salle de bains de l'appartement de Herr Berger et prenait des notes, tandis que Berger et sa bande de complices allemands et français extorquaient méthodiquement des secrets de la Résistance – et parfois même la vie – à leurs prisonniers. Leur méthode pour faire parler une victime était simple mais efficace : ils lui maintenaient la tête sous l'eau et la fouettaient au cou et au dos avec des tuyaux d'arrosage. Parfois, lorsque la captive était une femme, Denise se soumettait en lui tenant les jambes pendant que les tortionnaires accomplissaient leurs rites. La semaine dernière, après six ans et demi de prison, Denise Delfau, désormais âgée de 35 ans et à l'allure négligée, était assise dans le sombre Palais de Justice de Paris avec treize hommes (onze Français et deux Allemands), pour être jugée pour une accumulation de chefs d'accusation de crimes de guerre, qui remplissaient une pile de documents d'une trentaine de centimètres de haut. Monsieur Berger était absent, apparemment en Allemagne, où il offrirait ses services spécialisés aux services de renseignement russes. Quand ce fut au tour de Denise d'entendre les charges retenues contre elle, elle fondit en larmes et tenta de s'expliquer. « J'étais trop malheureuse », sanglota-t-elle. « Je n'avais pas d'argent. Je suis devenue la maîtresse de Berger parce qu'il me terrorisait. C'était un fou. Je voulais m'échapper, mais il est venu me chercher et m'a traînée par les cheveux. »

Photographiée sans doute à son retour à Paris, venant de la prison de Milan.

Denise Delfau a été condamnée à vingt ans de travaux forcés. Du fait des remises de peine, elle a sans doute recouvré la liberté à la fin des années 1950.


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