SUR LE MONDE DU POLAR
Recension très complète et très fine de Gestapo Berger sur le site lemondedupolar.com
GESTAPO BERGER DE PIERRE OLIVIER : UN ROMAN D’ESPIONNAGE HISTORIQUE IMPLACABLE
L’été 1945. L’Autriche, les décombres d’un monde. Pierre Olivier ouvre son roman là où d’autres ne s’aventurent guère : dans la peau d’un perdant. Pas un bourreau, pas un héros de la Résistance, mais un ancien sous-lieutenant de la Légion des volontaires français, cette formation qui avait combattu sous uniforme allemand sur le front de l’Est. Un collabo, au sens le plus juridique du terme, qui se retrouve arrêté par les services de la 1re armée française quelques jours à peine après la capitulation. Le narrateur, dont l’identité s’éclaire progressivement, n’a ni la posture du repenti ni la grandiloquence du fanatique. Il a surtout, et c’est cela qui captive immédiatement, une franchise cynique et désabusée qui confère à ces premières pages une densité narrative peu commune.
Le tour de force de Pierre Olivier est de faire tenir toute la complexité morale de l’après-guerre dans cette voix singulière. Le narrateur ne plaide pas, il constate. Il sait ce qu’il risque, il connaît les règles du jeu, et il joue avec les cartes qu’il lui reste, c’est-à-dire très peu. Interrogatoires, coups, tractations discrètes avec le capitaine Dumont, figure du contre-espionnage aussi lisse qu’impénétrable : tout un système de survie se met en place avec une logique froide, presque mécanique. Ce que Pierre Olivier réussit ici, c’est de restituer l’atmosphère particulière de ces mois de chaos où les rôles se brouillent, où les vainqueurs ont besoin des vaincus et vice versa, où la frontière entre collaboration et coopération ressemble à un fil tendu au-dessus d’un précipice.
Ce premier mouvement du roman installe aussi, avec beaucoup de précision géographique et historique, un décor qui n’a rien d’un décor de carton-pâte. Constance occupée, les villas réquisitionnées, les soldats coloniaux, les archives de la LVF saisies jusqu’au dernier relevé bancaire : chaque détail ancre le récit dans une réalité documentée, sans jamais alourdir la progression narrative. Le lecteur entre dans l’histoire comme on entre dans une ville encore fumante après la bataille. Avec prudence, mais avec une curiosité que rien ne vient freiner.
La suite ici : https://lemondedupolar.com/gestapo-berger-de-pierre-olivier-un-roman-despionnage-historique-implacable/
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